Les paravents de soie, usés par les années et les doigts gras des clients, s’alignaient comme une barrière fragile entre le monde réel et le royaume flottant de la fumée. Leur surface était tachée, parfois trouée, laissant passer des éclats de lumière incertaine : un rayon qui s’accrochait à une poussière en suspension, un autre qui glissait sur un motif effacé de fleurs ou de dragons. Chaque trou devenait une fenêtre vers une silhouette endormie, une tête penchée, un bras étendu. Parfois, l’ombre d’un mouvement se glissait entre les pans de soie, hésitante, comme si l’air lui-même portait des intentions.
La fumée s’enroulait autour des paravents, se faufilant par les fissures, ondulant comme un serpent à travers les motifs brodés. Elle amplifiait les contours des corps endormis, les transformant en silhouettes informes et vacillantes. Par moments, un souffle ou une toux faisait vibrer la soie, produisant un léger grincement, un murmure qui ressemblait à une langue ancienne.