Tournant

Tournant


Le laboratoire B27 semble moins éclairé que d’habitude. La lumière verte des microscopes oscille, comme si elle hésitait sur le sens de tout ce qui se passe. Liu Yating consulte la simulation S2, celle qui compare la propagation du virus avec les infrastructures construites des années plus tôt. Les lignes montent, descendent, se croisent parfois dans un désordre qui ressemble à une conversation silencieuse. « Ajuster l’ouverture, préserver le contrôle. »

Li Wei n’est pas là, mais ses fichiers semblent respirer dans la simulation. Chaque pic, chaque descente, chaque anomalie se rapporte à un protocole ancien, parfois rédigé dans une écriture étrangère, stricte, inconnue – les gestes hiérarchiques d’un système disparu dans le temps mais résonnant encore. Il est partout et nulle part, comme si l’ombre de ces décisions s’était infiltrée dans les machines.

Madame Xu, en silence, parcourt les archives. Ses gestes, précis mais presque invisibles, laissent dans les dossiers un ordre à peine perceptible. Les notes sur les réformes, les plans anciens, les documents effacés et recopiés reviennent à leur place, et Yating, qui a l’impression qu’un motif invisible relie chaque pli et chaque marge, se surprend à griffonner une note : « Certains bâtiments n’ont jamais servi à ce que l’on croyait. »

La simulation S2 émet un bip. Yating suit le signal : un dossier oublié mentionne des expériences internes testant l’organisation du travail et la répartition des tâches dans certains laboratoires. Elle sourit. Dans les rues de Yunhe, les parapluies multicolores et les taxis jaunes bougent selon des trajectoires difficiles à fixer. Sur l’écran, certaines courbes se stabilisent, puis repartent. Des bâtiments apparaissent, disparaissent. Les dossiers restent ouverts.